Vineyard solar panels.jpg

Les vignes aiment aussi l’ombre des panneaux solaires

Vérifié · 3 sourcesN° 06427 Oct 26

Ombrager une vigne pour en tirer de meilleurs raisins : l’idée paraît contre-nature dans un métier qui court après le soleil. C’est pourtant ce que mesure une étude de l’université de Bari, publiée dans la revue scientifique Scientia Horticulturae.

Le terrain d’essai se trouve dans les Pouilles, à la pointe sud de l’Italie, sur la Vigna Agrivoltaica di Comunità, dans la campagne de Laterza, province de Tarente. Comme son nom l’indique, cette vigne agrivoltaïque est un projet collectif, pensé dès l’origine pour faire cohabiter la culture et la production d’électricité. Des panneaux photovoltaïques y ont été installés au-dessus d’une parcelle de primitivo, le cépage que les Américains appellent zinfandel. Le reste du vignoble est resté en plein soleil, pour comparaison.

Photo : Agne27 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0

Les écarts relevés en fin de saison sont nets. Les rameaux poussés sous les panneaux mesuraient de 268 à 274 centimètres, contre 115,8 centimètres en plein soleil, soit plus du double. Le poids moyen d’une grappe est passé de 65,4 grammes au soleil à 164,9 grammes sous l’ombrage, deux fois et demie plus lourde.

L’explication tient à la chaleur. Au-delà d’un certain seuil, la vigne ferme ses stomates, interrompt sa photosynthèse et consacre son énergie à faire baisser la température de ses feuilles plutôt qu’à produire. À l’abri, elle travaille.

« Avec une température plus basse, la photosynthèse est plus efficace et conduit à une plus forte croissance des rameaux et des grappes », explique Giuseppe Ferrara, professeur au département des sciences du sol, de la plante et des aliments de l’université de Bari. « Mais rappelons qu’à l’extérieur les températures atteignent des valeurs élevées, et que le vignoble est en sec, avec de petites irrigations de secours. »

Photo : Agne27 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0

Sous les panneaux, la température de l’air a baissé de 0,5 à 1 degré et l’humidité relative a grimpé de 2 à 14 %. Le chercheur résume l’effet d’une image estivale : un parasol sur la plage, qui protège la peau des températures élevées.

Côté raisin, le sucre est moins concentré, 22,9 degrés Brix contre 25,8 en plein soleil, l’ombrage retardant son accumulation et l’eau présente dans les baies le diluant. Les paramètres d’acidité, eux, ne varient que de façon minime. Autre résultat, plus inattendu : la richesse en plantes spontanées est significativement plus élevée sous les panneaux, trèfle, plantain, luzerne ou muscari, de quoi attirer pollinisateurs et insectes utiles, limiter l’érosion et nourrir la vie microbienne du sol.

Le chercheur se garde bien d’en faire une recette universelle. Un essai mené il y a quelques années en Valpolicella, plus au nord et plus arrosée, avait donné l’inverse : la production était meilleure hors des panneaux. Tout dépend du climat et du cépage, et chaque projet demande son évaluation.

Reste à savoir quelles régions françaises s’y prêteraient. Le Languedoc et la basse vallée du Rhône, eux, connaissent déjà des étés de Pouilles.

Sources : pv magazine Italia · Scientia Horticulturae