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À Bornéo, 49 orangs-outans arrachés aux flammes.

Vérifié · 3 sourcesN° 06327 Oct 26

L’orang-outan de Bornéo figure parmi les grands singes les plus menacés de la planète. Depuis le 1er août, les incendies de forêt et de tourbière qui ravagent l’île ont encore aggravé sa situation, détruisant à la fois son habitat et ses réserves de nourriture.

Dans la province indonésienne du Kalimantan occidental, 49 orangs-outans ont été secourus depuis cette date par la fondation YIARI et l’agence locale de conservation de la nature, le BKSDA. Le centre de sauvetage et de réhabilitation de Ketapang, qui accueillait déjà des pensionnaires de longue date, en héberge aujourd’hui quatre-vingt-dix.

Photo : SAYA DAVE / Wikimedia Commons — CC0

La méthode de repérage tient autant du renseignement que du soin animalier. Les volontaires reçoivent un signalement d’habitants, puis un drone survole la zone pour mesurer l’étendue des dégâts et vérifier si des grands singes y vivaient encore. Au sol, les membres de l’unité de protection des orangs-outans, comme Relly Susanto, 49 ans, relèvent les traces de passage le long des lisières calcinées.

Beaucoup d’animaux sont retrouvés réfugiés dans des plantations de palmiers à huile, où ils n’ont plus rien à manger. C’est le cas à Laman Satong, fin septembre, où une femelle adulte a dû être portée à bras d’hommes jusqu’au véhicule. Plusieurs mères et leurs petits ont été récupérés ensemble, tous dans un état critique.

Karmele Llano Sánchez, 48 ans, vétérinaire de la faune sauvage et cofondatrice de YIARI, travaille en Indonésie depuis plus de vingt ans. Elle décrit un piège qui se referme : « Ces orangs-outans survivaient dans des fragments de forêt, et ces fragments deviennent de plus en plus petits. »

Photo : Fitriyantibung / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

La fumée dégagée par les feux a recouvert une partie de Bornéo, jusqu’aux États malaisiens de Sarawak et de Sabah, avant de se propager à Singapour et à la péninsule malaise. Des écoles ont fermé, les consultations pour troubles respiratoires ont augmenté. Pour la vétérinaire, l’épisode rappelle un précédent : « Pour l’instant, cela ressemble beaucoup aux incendies de 2015. »

Au centre, la vie s’organise autour des paniers de fruits et de légumes préparés chaque matin par les soigneurs. Les plus jeunes mangent à côté de leur mère, les plus âgés grimpent aux arbres et se déplacent de liane en liane. Parmi les pensionnaires, Xavier, trois ans, Teka, dix ans, et Didik, onze ans, qui marche désormais aux côtés de ses soigneurs.

Mais l’objectif reste le retour à la forêt. Le 9 octobre, huit des rescapés ont été relâchés en liberté dans des secteurs jugés hors de danger, après plusieurs semaines de soins intensifs. Certains ont été conduits jusqu’au parc national de Gunung Palung, à cinq heures de route de Ketapang. Les autres restent sous surveillance, le temps de reprendre du poids et de retrouver leurs réflexes de forêt.

Les pluies de saison, attendues en novembre, devraient faire le reste. Quatre-vingt-dix pensionnaires aujourd’hui, et autant de retours possibles vers les arbres.

Sources : Reuters · International Animal Rescue