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En Bolivie, une commune protège 289 000 hectares d’Amazonie.

Vérifié · 3 sourcesN° 06527 Oct 26

Le 15 octobre dernier, le conseil municipal de Baures, dans le département du Beni, a classé en aire protégée 289 304 hectares de forêt amazonienne et de zones humides. La réserve municipale d’Agua Dulce devient ainsi l’une des plus vastes jamais créées à l’initiative d’une seule commune bolivienne.

Le 29 septembre, le gouvernement municipal autonome de Baures, dans la province d’Iténez, au nord-est du département du Beni, a promulgué la loi municipale n° 003/2026. Le texte institue la réserve municipale de vie sauvage Agua Dulce : 289 304 hectares de forêts amazoniennes, de savanes inondables, de pampas et de rives boisées, soit près de vingt-huit fois la superficie de Paris.

Photo : PamJCB / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Le périmètre n’a rien d’un espace vide. Les inventaires menés sur place y recensent onze types de végétation, plus de 480 espèces d’oiseaux, plus de 70 espèces de mammifères, 47 reptiles et amphibiens et 55 espèces de poissons. Le jaguar, le dauphin rose d’Amazonie, la loutre géante, le tapir terrestre et le caïman noir y vivent tous.

L’intérêt de la réserve tient surtout à sa position. Elle longe l’Iténez, que les Brésiliens appellent Guaporé, le fleuve qui dessine la frontière entre les deux pays. En protégeant ses berges, Baures assure la continuité d’un chapelet de six aires protégées voisines : le parc national Noel Kempff Mercado, le parc départemental d’Iténez et l’aire municipale de Bajo Paraguá côté bolivien, les parcs de Corumbiara et d’Ilha das Flores et la réserve extractiviste de Pedras Negras côté brésilien.

Cette continuité complète le couloir écologique Iténez-Mamoré, créé par une loi nationale en 2005, dont dépendent les espèces migratrices qui remontent le fleuve ou passent d’une rive à l’autre. Les menaces identifiées sur le territoire, elles, sont connues : feux de forêt, défrichements liés à l’élevage et, la plus préoccupante selon les porteurs du projet, l’orpaillage clandestin.

Photo : PamJCB / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

L’initiative n’est pas venue d’en haut. C’est la communauté de Remanso, installée à l’intérieur du périmètre, qui l’a portée, et la déclaration a été présentée lors de l’anniversaire du village, devant le maire Uvence Karageorge, le président du conseil municipal Jesús Robert Ojopi Chávez et la sous-maire de Remanso, Ederlina Herrera.

Il ne s’agit pas d’une mise sous cloche : le texte prévoit explicitement l’exploitation durable des ressources par les familles qui vivent là. « Ce sont 289 000 hectares de réserve municipale, où les communautés pourront faire bon usage des ressources, et nous allons travailler avec elles », a résumé Uvence Karageorge, maire de Baures.

Le montage a été conduit par Faunagua, une association bolivienne spécialisée dans les écosystèmes aquatiques, avec le concours financier du Rainforest Trust, du fonds Andes Amazon et du programme Conserva Aves. Un plan de gestion a été rédigé avec les habitants, et un comité réunissant la mairie et les communautés doit en suivre l’application. « Nous franchissons une première étape avec la promulgation de la loi ; à partir de maintenant, nous engageons aussi la gestion de la réserve », précise Rosmery Ayala, directrice exécutive de Faunagua.

Reste à faire vivre ce plan de gestion. La communauté de Remanso, elle, n’a pas attendu qu’on vienne le lui proposer.

Sources : Faunagua · Rainforest Trust