L’Amazonie n’a jamais si peu reculé depuis 1988.
Les relevés satellite sur les forêts tropicales se lisent presque toujours dans le mauvais sens : une surface perdue, un record battu par le haut, une courbe qui monte. Ceux que vient de publier l’agence spatiale brésilienne font exception.
Entre août 2025 et juillet 2026, la déforestation de l’Amazonie brésilienne a porté sur 3 335 kilomètres carrés, un peu moins que la superficie du Vaucluse. C’est le niveau le plus bas depuis le début des relevés, en 1988, et un recul de 41,8 % par rapport aux douze mois précédents, qui avaient vu disparaître 5 731 kilomètres carrés. Les chiffres ont été rendus publics le 16 octobre par l’Institut national de recherches spatiales, l’INPE.

Ces données viennent du PRODES, le système qui établit le taux officiel de déforestation au Brésil. Il mesure par satellite les coupes rases à partir de 6,25 hectares, et travaille d’août à juillet parce que la couverture nuageuse est alors la plus faible, ce qui laisse voir le sol. Le précédent plancher datait de 2011-2012, avec 4 571 kilomètres carrés défrichés.
La baisse accompagne un durcissement du contrôle. En 2023, le pays a relancé son plan de prévention et de lutte contre la déforestation en Amazonie légale, le PPCDAm, créé en 2004 et déjà à l’origine du recul observé entre 2004 et 2014. L’outil le plus efficace s’appelle l’embargo à distance : une parcelle défrichée sans autorisation est repérée sur image satellite, puis bloquée sans qu’aucune équipe ait à se déplacer. Le propriétaire ne peut plus l’exploiter, ni vendre ce qu’il y produit.
S’y ajoutent la hausse des sanctions prononcées par l’Ibama, l’agence fédérale de l’environnement, et l’attention nouvelle des banques aux données de déforestation avant d’accorder un crédit agricole. « Nous renforçons les actions de l’Ibama, en augmentant les effectifs et les moyens pour améliorer le contrôle, avec davantage de technologie et de renseignement », explique André Lima, secrétaire chargé du contrôle de la déforestation au ministère brésilien de l’Environnement.

Le Cerrado, la grande savane arborée du centre du pays, suit le même mouvement avec 5 516 kilomètres carrés défrichés, soit le niveau le plus bas depuis l’ouverture de cette série en 2001 et une baisse de 23,8 %. La pente y est plus douce, parce que le code forestier brésilien autorise les propriétaires privés à défricher une part de leurs terres bien plus large qu’en Amazonie. Les embargos et les amendes, qui visent l’illégal, n’y mordent donc qu’en partie.
Dans le détail, le Pará reste l’État le plus touché avec 1 130 kilomètres carrés, un tiers du total, mais il affiche lui aussi une baisse de 45,3 %. Viennent ensuite le Mato Grosso, avec 849 kilomètres carrés, et l’Amazonas, avec 525. À eux trois, ils concentrent environ 75 % des surfaces perdues. Seul le Roraima progresse encore, de 0,4 %.
Vu sur quatre ans, l’écart devient spectaculaire : l’Amazonie perdait 11 594 kilomètres carrés en 2022, elle en perd aujourd’hui trois fois moins, soit 71,2 % de moins. « La fausse idée, souvent répétée, selon laquelle l’environnement freinerait le développement du pays s’effondre précisément avec ces chiffres », estime Márcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatório do Clima, une coalition d’organisations brésiliennes.
Quatre années de baisse consécutives : cela ne s’appelle plus une embellie, cela s’appelle une méthode.
Sources : Reuters · g1 / Globo