079 Herd of African bush elephants drinking in Etosha National Park Photo by Giles Laurent.jpg

Les villages maliens ont fait remonter les éléphants du Gourma.

Vérifié · 3 sourcesN° 06728 Oct 26

La conservation d’une espèce sauvage se décide rarement dans les bureaux d’une capitale : elle se joue dans les villages qui partagent chaque jour leur eau, leurs pâturages et leurs récoltes avec elle.

Dans le Gourma, vaste région semi-aride coincée entre la boucle du fleuve Niger et la frontière burkinabè, un recensement pédestre a dénombré 473 éléphants en 2025, contre 316 deux ans plus tôt. Ces animaux forment la population d’éléphants la plus septentrionale du monde, l’une des deux seules adaptées au désert, et parcourent chaque année un circuit migratoire d’environ 600 kilomètres.

Photo : cocoparisienne / Wikimedia Commons — CC0

Leur survie tient à quelques mares de fin de saison sèche, dont celle de Banzena, rendue aux troupeaux sauvages au prix d’un déplacement de village négocié avec ses habitants. Le comptage a été mené par les écogardes du projet Mali Elephant Landscapes, lancé en 2007 par la chercheuse Susan Canney et dirigé sur le terrain par Nomba Ganamé, représentant de la Wild Foundation au Mali.

Ils étaient quarante-six écogardes en 2011, ils sont désormais 1 472, recrutés dans les villages qui connaissent chaque mare et chaque piste. Le dispositif ne repose ni sur des grillages ni sur des gardes armés venus d’ailleurs. Il s’appuie sur des conventions locales adoptées par consensus, qui interdisent de couper le bois vert, d’allumer des feux de brousse ou de camper durablement dans les zones mises en défens. Ces règles ont force de loi et couvrent déjà 170 901 hectares, auxquels s’ajoutent 2 297 kilomètres de pare-feu ouverts à la main pour la seule année 2024.

Le projet ne sépare jamais la faune des revenus : 179 237 personnes ont bénéficié d’activités génératrices de revenus conduites par des femmes, du ramassage de produits forestiers à l’embouche du bétail. En 2025, quarante-quatre initiatives villageoises ont été financées et 1 284 habitants formés à la gestion des ressources naturelles.

Photo : Bernard DUPONT from FRANCE / Wikimedia Commons — CC BY-SA 2.0

Pour emporter l’adhésion, l’équipe s’est appuyée sur une croyance ancienne qui associe l’animal à la pluie, et que les éleveurs du Sahel transmettent de génération en génération. « L’éléphant est vraiment fédérateur », résume Nomba Ganamé, distingué en 2024 par le prix Prince William que décerne l’organisation britannique Tusk.

Le braconnage, longtemps marginal dans cette région que la médiocre qualité de l’ivoire avait protégée, s’était brutalement accéléré à partir de 2015. La création d’une brigade anti-braconnage formée à des méthodes respectueuses des habitants, puis la surveillance quotidienne assurée par les jeunes des régions de Tombouctou, Douentza, Mopti et Gao, l’ont ramené à un niveau très faible.

Tout n’est pas réglé pour autant. Les clôtures électriques testées n’ont rien donné, le piment répulsif met des années à produire ses effets, et la sécheresse de cette année pousse les troupeaux vers les potagers de laitues et de tomates cultivés par les femmes. La réserve de biosphère du Gourma, créée en 2021 sur 4,2 millions d’hectares, donne néanmoins un cadre durable à cette cohabitation.

Ronan Dantec, président de l’association française Climate Chance, appelle à mieux diffuser « les expériences qui marchent ». Celle-ci en est une.

Sources : Mongabay France — Au Mali, les communautés locales en première ligne contre le braconnage des éléphants · Biome Conservation — Mali Elephant Landscapes